Les enfants travailleurs de Potosi

Soleil éclatant et froid glacial dans la plus haute ville du monde. A 4 090 mètres d’altitude, culmine Potosi, au sud de la Bolivie, pays discret et atypique d’Amérique Latine. Potosi, l’opulente, exploitée dès 1545 par les Espagnols pour ses mines d’argent du Cerro Rico, la Riche Colline, qui la surplombe. Aujourd’hui l’extraction des minerais se poursuit, surtout d’étain, malgré l’épuisement des gisements. Les conquérants sont partis depuis longtemps mais quelques bâtisses témoignent encore des splendeurs de l’époque coloniale. La ville, comme le pays, est plongée en plein marasme économique, sans réelle source d’emploi. De fait, ses 120 000 habitants comptent beaucoup de mineurs adultes ainsi que des enfants travailleurs. Selon un dernier recensement effectué en 2001, ces derniers seraient environ 6 400 à multiplier les boulots précaires. Impossible cependant de déterminer le nombre exact de cette population, extrêmement mouvante.

Vendeurs ambulants (glaces, sucreries, journaux, etc.), cireurs de chaussures, écaillers de poissons, coursiers au marché, annonceurs des directions dans les micros (transports locaux), déchargeurs de valises au terminal de bus, nettoyeurs de tombes au cimetière, travailleurs dans les mines, vendeurs de minéraux aux gringos ou touristes… Les métiers ne manquent pas et ici, cette réalité semble fréquente et même banale. "C’est la conjoncture qui est mauvaise, que voulez-vous y faire ?" La majorité de ces enfants ou adolescents descend d’émigrants, originaires du campo, de la campagne, venus chercher à Potosi, la promesse d’un emploi. Des ménages, souvent éclatés, aux revenus modestes, composés de cinq enfants minimum en moyenne. Alors quand on leur demande pourquoi ils travaillent, la plupart répond en premier : "Je n’ai pas le choix, il faut que j’aide ma famille". En général, il s’agit donc de maintenir les ressources économiques du foyer. D’autres souhaitent s’acheter une sorte de dignité que les parents, dépassés, ne peuvent leur offrir : des vêtements et des chaussures convenables, du matériel scolaire… Certains s’ennuient et trouvent une occupation dans leur travail. Les distractions gratuites se révèlent rares en effet, en dehors du football, le sport national. Et plusieurs enfin, exercent une activité, pour pouvoir se payer une glace ou une partie de jeux vidéo à la salle du coin quand l’envie se fait sentir.

L’ensemble de ces enfants et adolescents alterne entre travail et école, puisque le système scolaire est divisé en différents cycles quotidiens avec le "service" du matin, de l’après-midi et du soir. Tous désirent poursuivre leurs études, affirmant que ce petit boulot n’est que temporel. Ils rêvent de devenir professeur, avocat, médecin… Combien d’entre eux y réussiront ? Mystère.

Quatorze ans, c’est l’âge légal en Bolivie pour pouvoir arrêter l’école et commencer à travailler.

Texte et légende : Ariane Silvestri

Reportage réalisé en collaboration avec Médecins du Monde