Etre homo au Cameroun

La série « Etre Homo au Cameroun » fait partie du projet photographique collectif « Etre Homo», initiée par le collectif item qui s’intéresse à la situation de la communauté LGBT (Lesbian, Gay, Bi and Trans) dans le monde.

Six photographes* interrogent (par le prisme de la question LGBT) la question des droits humains à travers 15 pays pour mettre en images une identité sociale et sexuée, individuelle et collective, qui se vit dans des cadres législatifs, sociaux, politiques et religieux hétérogènes. Ce travail dresse le portrait d’une réalité où dialoguent les différences, et propose une réflexion plus large sur les notions de stigmatisation, de discrimination, d’acceptation et de tolérance. Un questionnement de fond pour une liberté de forme qui s’autorise à croiser les regards et les singularités afin d’élargir le champ d’exploration. Une diffusion multiforme où le travail des photographes est enrichi par des compétences transversales permettant d’investir de nouveaux formats de rencontrer de nouveaux publics et de développer des outils pédagogiques afin de favoriser le dialogue et lutter contre l’homophobie.          * Franck Boutonnet, Marc Bonneville, Romain Etienne, Bertrand Gaudillère, Elisabeth Rull, Martin Barzilai

Etre homo au Cameroun

 «Est puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20.000 à 200.000 francs CFA toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe» (article 347 bis du code pénal camerounais)

Au Cameroun, depuis le sermon de l’archevêque de Yaoundé, Mgr Tonye Bakot, prononcé à Noël 2005, les gays y sont stigmatisés comme responsables de la crise qui ronge le pays. Peu de temps après, un tabloïd à faible tirage, La Météo, titre un grand coup: «Homosexualité au sommet de l’État». Il «oute» une dizaine de personnalités, prétendument homosexuels. Les ventes explosent. D’autres journaux lui emboîtent le pas avec le même succès: L’anecdote présente un «Top 50 des homosexuels» (sic) hauts fonctionnaires, hommes d’affaires ou d’Église, puis, dans une autre édition, prétend même détenir «la liste complète des homosexuels du Cameroun» (re-sic). Nouvelle Afrique publie «La liste des pédés». Les arrestations pour délit d’homosexualité se sont multipliées. Onze jeunes gens ont notamment été détenus un an en prison à Yaoundé, victimes d’une rafle dans un bar...

Désormais, la tempête médiatique est passée. Les homos cherchent de nouveaux repères, dans un pays qui a peut-être fait un premier pas vers leur acceptation. Mais une majorité doit encore faire avec les codes de la société traditionnelle, et n’a d’autre choix que d’enfiler le masque de l’hétérosexuel, marié, et si possible, avec enfants. Et puis, il y a ceux qui cherchent à ouvrir une nouvelle voie. Steave consulte gratuitement les homos et les séropositifs pour le compte de l’association dont il est président. Avec un groupe d’amis, il a en effet créé l’an dernier Alternatives-Cameroun, une association pour les droits de l’Homme et la prévention santé, qui soutient les homos au quotidien.

Source : Paul Paran pour Têtu, Le courage des « nkouandengués ». Reportage coproduit par Têtu et item dans le cadre du projet "Etre Homo".

À lire: Charles Gueboguo, «La question homosexuelle en Afrique, le cas du Cameroun» (l’Harmattan).